Le cerveau n'enregistre pas, il invente
Nous croyons voir le monde comme une caméra filmerait une scène. C'est faux, et c'est heureux. Dès 1867, le physicien Hermann von Helmholtz parlait d'inférence inconsciente (Handbuch der physiologischen Optik) : l'œil ne capte que des signaux pauvres et ambigus, et le cerveau en reconstitue, à notre insu, la cause la plus vraisemblable. Voir, c'est déjà interpréter.
Les preuves sont sous nos yeux. Chaque œil possède une tache aveugle, là où le nerf optique quitte la rétine, et nous ne la remarquons jamais : le cerveau comble le vide. Une couleur nous paraît stable sous une lumière chaude ou froide, parce qu'il corrige en silence. Les illusions d'optique ne sont pas des ratés, ce sont les coulisses du travail : le monde que nous percevons est déjà une création, une hypothèse tenue tant qu'elle tient, refaite dès qu'elle se trompe.
