Le sens se forme en parlant
On imagine souvent la communication comme un transport : une idée déjà complète dans la tête, qu'il suffirait d'emballer dans des mots et d'expédier. Le philosophe Maurice Merleau-Ponty propose une tout autre image. Dans la Phénoménologie de la perception (1945), il écrit une phrase restée célèbre : « La parole est un geste, et sa signification un monde. » Parler fait advenir la pensée, comme une intention prend forme à l'instant précis où le bras se tend vers l'objet.
La preuve est dans votre semaine. La réunion où, en cherchant à expliquer un projet, vous trouvez soudain la formule juste. La note de vision qui se clarifie sous votre main à mesure que vous l'écrivez. Le client devant qui, pour la première fois, vous dites votre métier autrement, et mieux. À chaque fois, c'est en disant que le sens est venu. Une école plus récente des sciences cognitives a donné un nom à cette idée, l'énaction (Francisco Varela, Evan Thompson et Eleanor Rosch, The Embodied Mind, 1991) : signifier, c'est faire advenir un monde en agissant.

