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Posture éditoriale · 14 mai 2026 · 11 min de lecture

« Mon ChatGPT m'a dit » : l'IA n'est pas une vérité révélée

Une petite phrase s'installe dans les réunions : « mon ChatGPT m'a dit que… », et le débat se ferme. Je vous propose de le rouvrir. Vous verrez qu'une IA vaut surtout ce que vaut sa configuration, et que cela change tout pour votre entreprise. Lisez jusqu'au bout : le dernier paragraphe cache une petite surprise, et elle prouve tout le propos.

i. Le nouveau dogme

« Mon ChatGPT m'a dit » : naissance d'une parole d'autorité

Vous l'avez entendue, cette petite phrase, en réunion ou au comptoir d'un café : « mon ChatGPT m'a dit que… ». Et le plus souvent, elle suffit. Elle clôt la discussion. Personne ne demande sur quoi la réponse s'appuie, ni comment la question a été posée. La machine a parlé, donc ce serait vrai.

Je le dis avec tendresse, parce que c'est très humain. Les modèles d'aujourd'hui sont impressionnants, rapides, articulés, polis. Devant une réponse aussi fluide, faire confiance est un réflexe naturel. C'est d'ailleurs exactement le réflexe qu'on avait hier devant « c'était écrit dans le journal » ou « je l'ai vu à la télé ». À chaque époque, sa source d'autorité tranquille. Aujourd'hui, c'est l'écran conversationnel.

L'outil est remarquable. L'enjeu se déplace ailleurs : sur l'autorité qu'on lui prête. Une intelligence artificielle compose une réponse à partir de ce qu'on lui a donné, et au prisme de la manière dont on l'interroge. La traiter comme un oracle, c'est se priver du seul endroit où l'on peut vraiment agir : la configuration.

ii. Le prisme

Ce qu'une IA fait vraiment : répondre au prisme de sa configuration

Voici ce qui se passe réellement quand vous interrogez une IA. Elle va chercher, parmi des milliards d'informations, la réponse la plus probable à votre question. Cette puissance est réelle, et elle est spectaculaire. Mais cette recherche passe par un prisme : votre compte, votre historique, vos instructions, le contexte que vous fournissez, les documents que vous chargez, et surtout la façon dont vous formulez votre demande.

Prenons une situation concrète. Un dirigeant ouvre son IA et lui demande une astuce de référencement, vite fait, entre une recherche sur l'histoire de Vercingétorix pour aider son fils et la liste des dix plus beaux coins pour se reposer en Italie cet été. Il obtient une réponse correcte en surface, lissée pour le plus grand nombre, le genre de conseil qu'on lit partout.

La même question, posée par un professionnel qui a passé des mois à entraîner les intelligences de son agence, à les nourrir de cas réels, de réussites, d'échecs corrigés, de la voix de ses clients. La réponse n'a plus rien à voir : elle est taillée, située, actionnable. Même moteur, deux mondes. Tout se joue dans la main qui configure l'outil, et dans l'expérience qu'elle y a déposée.

Une IA vaut surtout ce que vaut sa configuration. Et configurer, c'est y déposer une expérience humaine que personne d'autre ne possède.

Charles Clèdes-Flahaut
iii. L'intelligence configurationnelle

L'intelligence configurationnelle : repenser l'intelligence de votre entreprise

Ce que je décris porte désormais un nom dans l'industrie, et ce n'est pas un détail de jargon. En juillet 2025, le cabinet Gartner a tranché : « Le context engineering entre, le prompt engineering sort. Les responsables IA doivent prioriser le contexte. » Les ingénieurs qui construisent les agents les plus performants le formulent encore plus crûment : les échecs ne sont plus des échecs de modèle, ce sont des échecs de contexte. Tous les grands modèles sont devenus excellents. La vraie différence se joue entre une IA nourrie du bon contexte et une IA livrée à elle-même.

Sam Altman, le patron d'OpenAI, dit la même chose à sa manière : « savoir quelles questions poser comptera davantage que trouver la réponse », et il décrit l'écriture d'un bon prompt comme « une compétence à très fort levier, une forme de programmation en langage naturel ». Traduction pour un dirigeant : la valeur ne migre pas vers la machine, elle migre vers celui qui sait la configurer.

J'appelle cela l'intelligence configurationnelle. C'est une compétence d'entreprise, au même titre que la comptabilité ou la relation client. Elle consiste à repenser l'intelligence de votre maison : qu'est-ce que vous savez faire mieux que quiconque, comment le transmettre à vos outils, comment garder la main sur le résultat. C'est, au fond, tout le projet de mon métier, et tout le projet de ce site : vous aider à repenser l'intelligence de votre entreprise pour que la technologie serve votre singularité.

iv. Les dompteurs

Nous sommes les dresseurs et les responsables de notre IA

Regardez comment travaillent les maisons qui construisent l'intelligence artificielle. Leurs développeurs sont devenus, en quelques années, des managers d'agents : ils orchestrent, dirigent, corrigent des intelligences de codage. Le métier a changé de centre de gravité. On est passé de l'exécution à la direction.

À notre échelle, c'est exactement pareil. Nous sommes à la fois les dresseurs, les artisans et, de plus en plus, les responsables de notre intelligence artificielle. J'aime résumer cela par une phrase que mes clients retiennent toujours : si votre IA vous paraît artificielle, c'est souvent qu'elle est mal configurée. Bien nourrie, bien dirigée, bien tenue, elle devient une extension fidèle de votre intelligence. Livrée à elle-même, elle reste un perroquet brillant qui récite la moyenne du web.

Cette responsabilité est une excellente nouvelle. Elle signifie que la qualité de ce que vous obtenez vous appartient. Elle dépend de votre exigence, de votre patience, et de votre capacité à transmettre votre particularité à la machine.

v. Se configurer

Bien configurer son IA, c'est d'abord se configurer soi-même

Comment, alors, bien configurer son intelligence artificielle ? La réponse a un parfum de sagesse ancienne : cela commence par se configurer soi-même. Par accepter qu'une IA se cultive, se nourrit, se corrige, en continu. Et là, les images parlantes ne manquent pas.

Une IA, c'est un peu un tamagotchi, ce petit animal numérique des années 90 qui dépérissait si on l'oubliait : elle réclame une attention régulière, un réflexe éducatif. C'est aussi un jardin : laissé seul, il pousse en orties ; cultivé, il nourrit toute la maison. C'est encore un apprenti surdoué le premier jour : une mémoire prodigieuse, une vitesse folle, et aucune idée de qui vous êtes ni de ce qui compte chez vous, jusqu'à ce que vous le lui appreniez. C'est enfin un piano à queue : le plus bel instrument du monde ne fait pas de vous un pianiste, il attend vos mains.

Toutes ces images disent la même chose. La force du savoir humain est d'une autre nature que celle de la machine : c'est une force de relation, d'intuition, de contexte vécu, de composition avec d'autres humains. Elle reste à la barre, surtout quand la réponse arrive vite, derrière la lumière hypnotique d'un écran. Garder son discernement, c'est recevoir une réponse d'IA comme une proposition à examiner, et lui donner sa juste place dans un projet qui, lui, reste profondément humain.

vi. Les rênes du sens

Garder les rênes du sens, avec clairvoyance et sans peur

Le vrai sujet se résume alors simplement : il s'agit d'une éducation à garder son pouvoir et sa clairvoyance. Le paradoxe de l'époque tient en une phrase : pour rester libre face à l'intelligence artificielle, il faut consolider la conscience que nous sommes, pour chaque IA, le porteur de sa particularité.

Cela demande une forme de tenue intérieure, du discernement, et même une attention au sens qui ressemble à de la spiritualité au travail. Garder les rênes, c'est habiter l'outil, le nourrir, le diriger, en restant pleinement soi. C'est faire de l'intelligence artificielle un atout qui libère du temps pour la créativité, la relation et la décision juste.

Mes clients ne viennent pas me chercher pour que je leur livre une IA. Ils viennent pour apprendre à garder leur souveraineté pendant qu'ils s'en servent. C'est tout le sens de mon métier : construire avec eux, et leur transmettre une intelligence configurationnelle qui les rend plus forts, plus libres, et plus eux-mêmes.

vii. La surprise promise

Big news : Claude m'a dit

Vous avez lu jusqu'ici, alors voici la surprise, et elle vaut le détour. En me lisant, vous avez peut-être supposé que cet article avait été pondu par une IA. Voici la vérité, et elle prouve tout mon propos.

J'écris avec une intelligence artificielle. La mienne s'appelle Claude, signée Anthropic. Claude m'a dit beaucoup de choses pour cet article : des tournures, des structures, des pistes. J'ai trouvé cela à la fois remarquable et, à bien des endroits, encore améliorable. Alors j'ai fait précisément ce que je vous invite à faire depuis le début : j'ai configuré. J'ai corrigé une formule trop lisse, j'ai chassé les artifices, j'ai imposé mon exemple de Vercingétorix, mon tamagotchi, mon piano, mon exigence de vérité, et j'ai exigé des sources vérifiables plutôt que de jolies phrases.

Autrement dit : ce n'est pas ChatGPT qui m'a dit. C'est moi qui ai dit à ChatGPT. Et c'est exactement pour cette raison que vous avez souri, peut-être ri, et que vous allez sans doute partager cet article. Ce que vous venez de lire n'existe que parce qu'une intelligence humaine expérimentée et une intelligence artificielle documentée se sont mariées, à la bonne distance, sous une direction qui n'a jamais lâché les rênes du sens. C'est ce mariage, et lui seul, que je viens installer chez mes clients.

À propos de l'auteur

Charles Clèdes-Flahaut est consultant en stratégie de communication depuis 2014, fondateur d'Agent Fédérateur à Saint-Germain-en-Laye. Philosophe et ingénieur financier de formation, photographe et vidéaste de pratique. Il accompagne PME, dirigeants et entreprises de service dans leur stratégie, leur création de site web avec IA et leur intelligence configurationnelle, en transmettant une culture digitale qui préserve la souveraineté de ses clients. Lire la biographie complète.

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