« Mon ChatGPT m'a dit » : naissance d'une parole d'autorité
Vous l'avez entendue, cette petite phrase, en réunion ou au comptoir d'un café : « mon ChatGPT m'a dit que… ». Et le plus souvent, elle suffit. Elle clôt la discussion. Personne ne demande sur quoi la réponse s'appuie, ni comment la question a été posée. La machine a parlé, donc ce serait vrai.
Je le dis avec tendresse, parce que c'est très humain. Les modèles d'aujourd'hui sont impressionnants, rapides, articulés, polis. Devant une réponse aussi fluide, faire confiance est un réflexe naturel. C'est d'ailleurs exactement le réflexe qu'on avait hier devant « c'était écrit dans le journal » ou « je l'ai vu à la télé ». À chaque époque, sa source d'autorité tranquille. Aujourd'hui, c'est l'écran conversationnel.
L'outil est remarquable. L'enjeu se déplace ailleurs : sur l'autorité qu'on lui prête. Une intelligence artificielle compose une réponse à partir de ce qu'on lui a donné, et au prisme de la manière dont on l'interroge. La traiter comme un oracle, c'est se priver du seul endroit où l'on peut vraiment agir : la configuration.
